Rencontre avec Jean-Louis Borloo, très optimiste et déterminé pour les négociations à Copenhague #cop15

Mercredi soir j'étais invité avec plusieurs autres blogueurs, webmédias, à rencontrer le ministre de l'écologie et du développement durable, Jean-Louis Borloo. Avant toute chose j'aimerais remercier pour son invitation l'équipe qui a organisé cette discussion. Ainsi que les Humains Associés, dont je suis la revue de liens hebdomadaire et le fil twitter, sans lesquels je n'aurais pu suivre cette actualité d'aussi près. Au ministère, l'ambiance était studieuse mais néanmoins décontractée et pouvoir écouter les propos d'un homme politique aussi expérimenté et enthousiaste sur le sujet, dans un cadre informel, un instant à l'écart de la rhétorique généralement associée au média traditionnel, c'est rassurant. Mais si le propos était un peu dégagé, le thème de la rencontre traduisait quant à lui une certaine urgence, celle de l'arrivée imminente du quinzième sommet de l'ONU sur le climat, COP 15, qui se tient à Copenhague, du 7 au 18 décembre prochain.

rencontre jlborlooPour introduire le débat, le ministre nous a d'abord relaté la façon qu'il a eu de construire son "plan justice-climat" avec les pays associés, en se rendant dans certains de ces pays (192 étant impliqués) afin d'initier une solidarité écologique internationale et faire entrer dans le "pool" les moins avancés et ceux en voie de développement. L'idée est audacieuse et à mon sens pertinente. Je partage cette vision solidaire qui inclut a priori les acteurs les plus vulnérables et ouvre la voix dès le départ, à une approche positive du sommet. Ne serait-ce que du point de vue de l'effort de solidarité et de coopération internationale déployé. Le ministre à ensuite évoqué l'énorme potentiel de l'Afrique en terme de développement durable, d'énergie et d'économie verte. Puis il a tempéré un argument souvent avancé à propos de la Chine (et des PED en général), qui fait d'elle l'un des plus grands futurs pollueurs. Si cela peut se vérifier à certains égards (notamment dans les zones où la pollution est concentrée <- comme en témoigne ces images terribles, la Chine est aujourd'hui à 4,4 tonnes de CO2 par habitant et par an, à titre de comparaison les Etats-Unis sont à 23 tonnes…), plusieurs indices montrent que les chinois sont beaucoup plus concernés par l'économie verte qu'il n'y paraît (et donc par la baisse du taux de production du CO2). Par exemple, le parc automobile chinois sera composé de véhicules non-carbonés dès 2012. Tout comme d'un point de vue stratégique on voit mal comment les chinois pourraient s'engouffrer dans l'éventualité de n'être que "l'atelier du monde" et développer leur économie sur nos modèles industriels non respectueux de l'environnement, note le ministre.

Une fois posées les bases de la discussion, les échanges se sont poursuivis autour de la difficulté à appréhender un sujet tant urgent que complexe. Dans lequel, sont imbriqués des problèmes à la fois financiers forts, inédits, des changements d'échelle qui portent les négociations au niveau planétaire et paradoxalement une pluralité des catastrophes écologiques locales, délicates à gérer simultanément : la question des réfugiés climatiques, l'acidification des océans, la déforestation, l'extinction d'un grand nombre d'espèces, la protection de la biodiversité, les problèmes liés au méthane ou encore à l'agriculture mondiale. La liste est encore longue.

 

Quelle sera l'issue du sommet de Copenhague ?

cop15_logo_imgC'est la question que tous les esprits inspirés ou exaspérés par le sommet se posent. Sur la toile et ailleurs, chacun y allant de son pronostic… L'issue, nous la connaîtrons à la fin de cette rencontre que d'aucuns voient déjà comme un échec. Pour ma part, je la considère à l'instar de Jean-Louis Borloo comme la chance ultime pour l'humanité de prendre son destin commun en main et d'infléchir une nouvelle direction à sa vie collective sur Terre. Nous sommes aujourd'hui je crois, tous conscients du fait que le problème climatique ne se réglera en quelques jours à Copenhague et doit dès lors, être envisagé de façon durable. Ni qu'il se résoudra sans l'effort de chacun à son niveau (citoyens, ONG et associations, entreprises, Etats, organisations internationales). Cependant comme le propose le ministre, le Sommet nous offre encore la possibilité d'aller sans trop de peine vers la société mondiale du futur basée sur une économie plus verte et équitable, celle "de la mesure". Cela peut paraître utopique aux plus climato sceptiques et ça l'est, mais c'est tant mieux non ? Et le ministre d'ajouter : "Tout le monde pense la même chose, c'est une chemin heureux et ça peut se faire vite [...] l'idée d'un fardeau est fausse". Même Barack Obama, qui était au départ circonspect à l'idée de réellement participer au Sommet, sera là le 18 décembre, annonce t-on au dernier moment.

En ce qui concerne les mesures concrètes envisagées, nous sommes en droit d'exiger le maximum de cette rencontre c'est vrai. C'est à dire qu'elle débouche sur un dispositif contraignant, visant une rupture nette avec les pratiques en cours en terme d'environnement. Mais si cela semble difficilement réalisable (pas impossible) à court terme, l'essentiel est avant tout d'amorcer les négociations dans ce sens, dans une direction positive afin de créer un "buzz positif de toutes les parties". En effet, l'échec majeur serait que certains pays s'isolent et ne s'engagent pas dans cette nouvelle donne écologique, économique et sociale qui, à n'en pas douter, est le seul avenir responsable de l'Homme et est aussi une opportunité économique pour tous. Enfin, j'ai trouvé très intéressante la possibilité de créer de nouvelles structures qui veilleraient à ce que les engagements pris soient respectés. Celle envisageable de l'OME (Organisation Mondiale de l'Environnement), de Fonds Vert Mondial et celle hypothétique d'un GIEC de la biodiversité, voire de GIEC pour chaque sous thème lié au chaos écologique. Je retiens de cette rencontre l'intuition que ce qui va se jouer à Copenhague est d'autant plus important que cela dépasse le simple cadre de la question climatique liée au taux d'émissions de CO2 anthropiques. Bien qu'elle en soit l'enjeu central, en filigrane demeure l'idée d'une nouvelle société mondiale oeuvrant dans un cadre diplomatique international inédit et reposant sur une régulation économique et financière plus responsable et durable, plus en accord avec les besoins de l'Homme et une exploitation intelligente des ressources naturelles.

Quoiqu'on en dise, loin des querelles partisanes et des batailles de clochers, Jean-Louis Borloo en bon avocat, défend brillamment la cause climatique et donne envie d'adhérer même aux plus climatosceptiques d'entre nous, et soutenir son combat pour une planète plus équilibrée. De même, quelque soit l'issue du Sommet, les négociations ne font que commencer, espérons qu'elles portent leurs fruits et qu'au final, nous y gagnons tous. "Let's turn Copenhagen into Hopenhagen".

 

Billets des autres blogueurs / webmédias

Interview vidéo de Mémoire Vive : Jean-Louis Borloo : l'enthousiasme durable

Billet de The Green Post Box : JL Borloo "Justicier" du climat à Copenhague

Vidéo de l'Express.fr réalisée par Romain Thirion et Lydie Marlin, étudiants du CFJ : "Justice-Climat" le nouveau cheval de bataille de Borloo

Sur EffetsdeTerre.fr : "Si la patrouille climat ne passe pas, il y aura la patrouille pétrole derrière"

Sur ça c'est de la com : Le semeur de Copenhague


Pour préparer et suivre le sommet online 

Le site officiel : http://fr.cop15.dk/

Suivre les webcasts officiels depuis twitter : twitter.com/cop15liveagenda

Les Humains Associés : Appel à la twitosphère pour le Sommet du Climat de Copenhague, poussons #cop15fr et #cop15

La liste cop15 des Humains Associés : twitter.com/leshumains/cop15

Lire l'avis d'un spécialiste : chat sur 20minutes.fr avec Hervé le Treut, climatologue du GIEC 

L'interview de Brice Lalonde, ambassadeur chargé des négociations internationales sur le changement climatique : "On est obligés de s'entendre à Copenhague "

Suivre le fil des agences regroupées sur Facebook (en anglais) : The Climate Pool

Du bon usage des robots mendiants


Cette vidéo nous montre des robots en train de faire la manche.  A l’inverse des mendiants « humains », ils ont accès à des zones où la mendicité « humaine » est normalement interdite, comme les centres commerciaux ou certains quartiers fréquentés par une population aisée.

En reprenant la légende qui figure à côté de la vidéo, on peut lire l’hypothèse suivante : cette partie de la société ne peut faire preuve de sympathie envers les groupes marginalisés que s’ils communiquent à distance, de façon sécurisée et par l’intermédiaire d’une interface technologique. Voilà, c’est dit (est-ce lié à un usage excessif de la télévision ?). En regardant la vidéo on comprend qu’il ne s’agit pas forcément de philanthropie, mais plutôt que les personnes donnent un peu de monnaie afin de combler leur curiosité et écouter ce que le robot a à leur dire. Vous noterez que le matériel utilisé est essentiellement composé d’ordinateurs de seconde main et les modèles semblent être open-source. Par conséquent, des pays comme la Chine, l’Inde ou le Nigeria qui ont des stocks importants de machines usagées pourraient se lancer dans la fabrication industrielle de ce type de robots.

D’une manière générale, le projet tente d’exploiter les avantages de la robotique pour ramener le mendiant dans l’espace public. L’expérience est réalisée dans différents pays. Elle est à chaque fois adaptée au contexte et à langue locale. Les robots mendiants font de la mendicité au nom des pauvres.

Le premier constat que l’on peut faire, est que cela semble fonctionner (au début en tout cas) des questions demeurent malgré tout… est-ce une bonne chose que de récolter plus d’argent par ce moyen ou est-ce tout simplement affligeant de voir que nous en sommes arrivés là dans nos rapports humains directs à l’heure du tout technologique, du robotique ? Je n’ai pas la réponse. Ce que je pense, c’est que notre utilisation des robots va s’étendre de façon exponentielle, pour le meilleur et pour le pire. Dans le cas présent, je trouve que c’est une bonne utilisation.

Plus largement, la présence de machines qui nous ressemblent oblige à repenser nos rapports humains existants à toutes les échelles et dans toutes les dimensions (sociales, économiques…). C’est-à-dire, en partant de nos interactions directes (qu’elles soient humaines-humaines ou humaines-machines) jusqu’aux cadres dans lesquels celles-ci ont lieu, notamment juridiques, en passant par nos relations globalisées (différence Nord, Sud, multi-polarité…)

PS: Pour finir, une nouvelle peu réjouissante, il y a quelques jours, un robot a attaqué et tué un travailleur dans une usine en Suède…

Edit : Il ne serait pas mort mais blessé